Ne me quitte pas

Brel a dit de Ne me quitte pas : « C’est l’histoire d’un con et d’un raté. »

La majorité du texte est conjuguée au futur (Je t’inventerai). Vers après vers, tous réguliers à 5 syllabes, le personnage effondré, suppliant, se montre prêt à l’humiliation pour la femme qu’il aime. Pas de mots savants, tous viennent du langage courant : Je ne vais plus pleurer / Je ne vais plus parler ; certains plus élégants : meilleur avril, pour qu’un ciel flamboie. Brel excelle dans la personnification (des heures qui tuent le bonheur), la puissance des images de flamme (feu, flamboie, volcan, terres brûlées), les allers-retours entre possible et impossible : Des perles de pluie venues d’un pays où il ne pleut pas… / Je creuserai la terre / Jusqu’après ma mort.

Le titre est martelé 23 fois. On le trouve au début des couplets et à chaque fin de section, où il est répété 4 fois. Une mesure à trois temps porte la mélodie, dont le temps fort musical est sur la rime, accentué par une voyelle longue qui met les mots en valeur. La rime est toujours présente, sauf en fin de chanson (devenir / ombre) et au début du premier refrain (t’offrirai / pas).

La structure est encore ici ABABA, où B est un « refrain pont » sur lequel le mouvement mélodique monte sur 16 mesures d’espoir, puis descend au couplet sur 16 mesures de plainte.

La musique de Ne me quitte pas a été créée après le texte, pendant les balances avec Gérard Jouannest, le pianiste de scène de Brel (François Rauber est son pianiste arrangeur en studio).

L’interprétation intense, habitée, a une force de persuasion qui continue à émouvoir à travers les années. Simone Langlois est la première à enregistrer le titre, début 1959. Brel le grave à la fin de l’année.

Ne me quitte pas n’est jamais entrée au hit-parade. Elle a été chantée par Nina Simone, Juliette Gréco, Adamo, Johnny Hallyday, Natacha Atlas, Yuri Buenaventura, et, dans son adaptation en anglais par Rod McKuen (If You Go Away), par Ray Charles, Toots Thielemans, Frank Sinatra, Cyndi Lauper, Julio Iglesias, Tom Jones…

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