Mort des suites d’un cancer du poumon à 77 ans, Jacques Prévert a été désigné « poète du vingtième siècle » par les Français. 500 établissements scolaires portent son nom.
Qu’est-ce qui a vraiment inspiré Prévert ? Une rupture amoureuse ? La récente mort de sa mère ? En 1945, Jacques Prévert écrit Les feuilles mortes pour le film de Carné Les Portes de la nuit, où la chanson, interprétée par Yves Montand, habille de son ambiance le décor et les personnages du film. La mélodie est issue d’une musique de ballet pour Roland Petit, Le Rendez-vous, écrite par Joseph Kosma. Le film n’est pas un succès. La chanson non plus. Pendant quatre ans, elle figure dans l’indifférence au répertoire de Montand, qui n’arrive pas à l’imposer sur scène au public. Cora Vaucaire sera la première à l’enregistrer, en 1949.
La même année, Johnny Mercer traduit les paroles et Autumn Leaves devient un standard du jazz avec plus de 600 versions, par Miles Davis, Keith Jarrett, Bill Evans, Nat King Cole, Frank Sinatra, Bing Crosby, Iggy Pop. N’oublions pas l’hommage de Serge Gainsbourg dans La chanson de Prévert, et les versions de Juliette Gréco et d’Édith Piaf, qui enregistre Les feuilles mortes en 1950 à New York, en anglais.
Prévert dans la filiation de Verlaine ? Le titre n’est pas sans rappeler les vers célèbres du poème Chanson d’automne : Et je m’en vais / Au vent mauvais / Qui m’emporte / Deçà, delà / Pareil à la / Feuille morte.
La poésie de Prévert n’est jamais élitiste. Il écrit juste, comme il parle, avec une apparente facilité, et dit utiliser des mots simples comme bonjour, des mots de tous les jours, de tout le monde, dont les plus « recherchés » restent accessibles : Amants désunis, la nuit froide de l’oubli.
La répétition pour Toi, tu m’aimais et je t’aimais devient Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais. Dans la version de Mouloudji, la deuxième strophe du refrain est Moi, je t’aimais, toi tu m’aimais.
Mais la vie sépare ceux qui s’aiment… / Et la mer efface sur le sable… Prévert le poète ici rime… de temps en temps : s’aiment et sable… Il privilégie l’image, limpide, sur le temps inexorable, des feuilles emportées par le vent, dont l’image stimule la mémoire affective du personnage. Dans le couplet, les vers ont 10 syllabes, parfois 8. La métrique du refrain est toujours de 8 syllabes.
La structure est ABAB. Long couplet, long refrain. Le titre apparaît peu, 3 fois seulement, et non dans le refrain mais dans le couplet, que les Américains, dans leurs reprises, ne chantent tout simplement pas, reprenant en boucle le refrain seul. Nombre d’interprètes français ne chantent jamais le deuxième couplet.
Les feuilles mortes n’est pas la seule chanson écrite par le poète. 543 ont été éditées, mais pas elle, jamais publiée dans un recueil du vivant de Jacques Prévert.