La biographie d’Édith Giovanna Gassion, alias la Môme Piaf, ressemble à une légende. Née sur le trottoir rue de Belleville, abandonnée par sa mère, soupçonnée de meurtre, aveugle miraculée, elle s’est prostituée pour enterrer son bébé mort de méningite, elle a eu des amants innombrables tout au long d’une vie trépidante (L’Osservatore Romano du Vatican a écrit d’elle que cette idole du bonheur préfabriqué vivait en état de péché public), elle a été la plus grande chanteuse française, comédienne, elle a joué à la Comédie-Française et au cinéma. Elle est morte d’une rupture d’anévrisme à 47 ans, le même jour que son ami Jean Cocteau…
« Le seul mot qui puisse remplacer le mot Paris, c’est le mot Piaf. » (Marlene Dietrich)
Courtisée par les plus grands paroliers de l’époque, Piaf elle-même est un grand auteur, sous-estimé, qui a écrit une centaine de textes de chansons, dont Je t’ai dans la peau, et l’indémodable Hymne à l’amour, lors duquel elle s’évanouit sur la scène du cabaret Le Versailles à New York le 28 octobre 1949, jour de la mort de son amant, le boxeur Marcel Cerdan.
La vie en rose est l’un de ses tout premiers titres, mais dans chacun de ses textes la Môme se sert de son vécu, de ses passions d’amoureuse. La lecture de son émouvante correspondance avec Marcel Cerdan témoigne de la même veine d’écriture. Pas de métaphore, Piaf utilise des mots de tous les jours, joliment tournés : Un rire qui se perd sur sa bouche. Les paroles sont délicieusement heureuses et leur universalité permet à chacun d’imaginer à sa manière le couple enlacé. Les rimes sont précises, souvent riches. Le titre n’apparaît que 2 fois (contre 12 fois dans la version en anglais). La structure est couplet-refrain « à l’ancienne », avec de longs refrains et des couplets courts.
Le rythme des vers n’est pas régulier. Le texte a été écrit après la mélodie, superbe, composée par Édith Piaf en 1945, et qui joue un rôle déterminant dans le succès du titre. Elle est signée Louiguy (pseudonyme de Louis Guglielmi), car Piaf a été recalée à l’examen d’entrée à la SACEM pour la partie musique. On propose à Piaf dans un premier temps le texte Mais / ce qu’on ne savait pas / C’est que Monsieur Dumas / Était un hypocrite. Piaf n’aime pas. Elle écrit sur une nappe de restaurant Quand / il me prend dans ses bras, etc. Son amie et compositrice attitrée, la grande Marguerite Monnot, lui dit alors : « Tu ne vas quand même pas chanter une niaiserie pareille ? » La chanson est placée chez un éditeur. Marianne Michel la popularise, avant que Piaf ne l’enregistre en 1946. Elle sera reprise par Dalida, Yves Montand, Marlene Dietrich, Louis Armstrong, Diana Krall, Cyndi Lauper, Grace Jones, Donna Summer, Plácido Domingo…