Comme d’habitude

Claude François

Jacques Revaux propose sans succès la mélodie de Comme d’habitude (elle s’appelle alors For me) à Dalida, Mireille Mathieu, Petula Clark, Hugues Aufray, Michel Sardou et… Claude François. Jean-Pierre Bourtayre est alors le compositeur attitré de « Cloclo » et lui compose ses plus grands succès, inspirés du style R’n’B Motown.

Le dimanche 27 août 1967, Revaux représente sa musique à Cloclo, chez lui au moulin de Dannemois. Celui-ci a l’idée des mots Je me lève et je te bouscule, et de Comme d’habitude. Gilles Thibaut (Paris, 21 septembre 1927 / La Hauteville (Yvelines), 8 août 2000, de son vrai nom Lucien Thibaut) finit le texte. Ce musicien de jazz a également écrit pour Johnny Hallyday (Que je t’aime, Hey Joe, Ma gueule), et pour France Gall, Sylvie Vartan et Michel Sardou.

Le texte parle de France Gall, avec qui Claude François vient de se séparer, évoque de façon originale la fin de leur histoire d’amour et la lâcheté de faire semblant. L’année précédente, Claude François a divorcé de Janet Woolcott, qui l’avait quitté pour Gilbert Bécaud en 1962.

Dans Tu t’ laisses aller, Aznavour aborde lui aussi le thème de l’habitude, du vieillissement du couple et de son usure, mais sur un ton de tendresse et d’espoir. Ici, le texte transpire la solitude, la tristesse. Pas de métaphore, juste les mots de tous les jours, les détails du quotidien : Sur toi je remonte le drap, Tout seul je bois mon café, Je suis en retard, J’ai froid, je relève mon col.

Dans le texte cohabitent les e muets (je m’ lèv’ / bouscul’) et les e accentués (comm’ d’habituDE), les « vers » des couplets ont un rythme irrégulier. Il n’y a pas de rime, sauf par-ci par-là, mais le titre Comme d’habitude revient 30 fois ! Quatre fois par couplet et cinq fois par refrain. Mot clef qui résume la chanson, il charpente le texte et donne aux paroles la sensation de rimer un vers sur deux.

En engliche : My Way. Les raisons du succès planétaire de la chanson viennent des USA. Quand la version anglaise signée Paul Anka en 1968 sort en 1969, le sujet du texte n’est plus une histoire d’amour. And now the end is near (Et maintenant, la fin est proche). À travers le regard rétrospectif d’un homme sur son existence, Anka aborde un thème radicalement différent de l’original mais tout aussi universel : qu’ai-je fait de ma vie ? Je l’ai fait à ma façon, conclut chacun des couplets. Une chute qui ne peut que séduire la mentalité américaine, à tel point que My Way est la chanson la plus régulièrement jouée aux enterrements.

Le titre, dans la phrase I did it my way, ne revient que 5 fois et ponctue chaque section. On est loin des 30 répétitions de la version française.

Les adaptations allemandes et espagnoles sont basées sur le texte anglais de Paul Anka, dont il existe environ 2 500 versions différentes, d’Elvis Presley à Frank Sinatra, à la manière classique (Pavarotti), punk (Sex Pistols, Nina Hagen), flamenco (Gipsy Kings). David Bowie a utilisé les accords de My Way comme base pour écrire Life on Mars?. La chanson génère un million d’euros par an pour les ayants droit de Claude François, qui en était le co-auteur, le co-compositeur et le co-éditeur.

Malédiction ? Dans son clip tourné en 1978, Sid Vicious, bassiste du groupe punk Sex Pistols, chanteur pour l’occasion, chante dans une mise en scène qui le montre en train de descendre des escaliers de revue de music-hall puis abattre des spectateurs à coups de revolver. Il mourra d’une overdose peu de temps après, à l’âge de 21 ans. En 1977, Claude François enregistre une version en anglais. Il meurt quelques mois après. 1977 est aussi l’année de l’enregistrement de My Way par Elvis Presley… et de sa disparition.

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