Les sujets de chanson : le sexe

sergeGMême les chansons pour enfant parlent de sexe, d’après la psychanalyse.
La plupart des comptines comportent un double sens fripon, comme par exemple la symbolique érotique du rossignol qui chantait dans A la claire fontaine.

Mon ami Pierrot / Prête moi ta plume Anonyme (17ème) Au clair de la lune.

Ce flambeau de meléze / Brûlera devant toi / Goûte de ce laitage / Mais tu ne manges pas ? Philippe Fabre d’Eglantine (1780) Il pleut bergère.

La plupart des chansons sont faites pour séduire, et particulièrement la chanson sexy, douce, feutrée, susurrante, morceau de bravoure des crooners. Elle a un rôle sociétal, comme lors du rituel du « slow », qui longtemps dans les bals a aidé les couples à la séduction, où comme quand elle constitue le décor sonore des ébats amoureux.

Autre genre, à part entière, la chanson paillarde joue un rôle de défouloir collectif.

La digue du cul, je bande mon arbalète / Et j’lui fous droit dans le cul Anonyme La digue du cul Les paroles des chanson paillardes sont explicites, limpidement pornographiques. Enregistrées parfois par des interprètes « sérieux » tels que Colette Renard ou les Frères Jacques, elles sont connues de tous et se chantent en choeur, mais en de rares occasions, dans les cours de recréation, les casernes, les banquets de mariages.

Le contexte détermine ce qui est ressenti comme inconvenant. Le mot putain l’est-il ? De nos jours rares sont ceux qui trouvent obscène Putain de toi de Brassens, ou même son « Quand je pense à Fernande je bande » mais d’autres mots peuvent choquer : Mes couilles sont motivées, elles aimeraient bien pécho cette brune / mais y’en a une qui veut pas / putain ma tête me casse les burnes. Grand corps malade Ma tête, mon coeur (Djanik). 2006.

Le sexe est un terrain idéal pour la provocation, aux frontières de l’interdit, il procure une publicité très recherchée par les auteurs. Aussi ceux-ci testent-ils régulièrement les limites des convenances.

Les scandales d’antan peuvent faire sourire de nos jours, ils ont pourtant profondément marqué leur époque.

Frou frou frou frou / par son jupon la femme / frou frou frou frou / de l’homme trouble l’âme. Monreal et Blondeau Frou Frou (Semi) 1898. Tel est bien le passage alors jugé «  torride  » de la chanson, née sous le nom La fête du souffleur.

Elle avait de tout petits tétons / que je tâtais à tâtons / ton ton tontaine Albert Willemetz Valentine (Salabert) 1925 interprété par Maurice Chevalier.

J’aimerais simplement faire l’amour avec toi. Michel Polnareff L’amour avec toi (EMI) 1967. On a du mal à comprendre aujourd’hui le scandale que ces paroles ont provoqué. On s’étonne moins de celui qu’a suscité le placardage des affiches montrant le chanteur les fesses à l’air.

Déshabillez moi / oui mais pas tout de suite / pas trop vite. Robert Nyel. Déshabillez moi (Warner Chappell) 1967 interprétée par Juliette gréco. Robert Nyel a aussi écrit le superbe C’était bien (Le petit bal perdu). Les passages à la télévision de « la » Gréco sont à l’époque marqués d’un carré blanc. 1967 fut la vraie année érotique, notamment avec ce titre, sorti juste avant Je t’aime moi non plus, écrite en 1967 mais sortie en 1969.

Je vais et je viens / entre tes reins / et je me retiens. Serge Gainsbourg Je t’aime moi non plus (Melody Nelson publishing) 1969.

Écris moi la plus belle histoire d’amour que tu puisses imaginer. La demande vient de Brigitte Bardot, sex symbole mondial. Le Beau Serge a déjà la musique, un instrumental qu’il a écrit pour le film Les coeurs verts et c’est une phrase de Dali qui inspire le titre. L’enregistrement « audio vérité » avec Bardot a lieu un soir d’hiver 1967, mais cette version n’est pas du goût du mari de BB de l’époque, sa sortie n’aura lieu qu’en 1986. Entre temps, réenregistrée avec Jane Birkin, la chanson est un succès planétaire et, comble de publicité, se retrouve condamnée par le Vatican.

Gainsbourg a aussi signé entre autres Ouvre la bouche ferme les yeux pour Régine, et Les sucettes pour France Gall : Lorsque le sucre d’orge / Parfumé à l’anis / Coule dans la gorge d’Annie, / Elle est au paradis, dont le succès a sans doute encouragé à l’audace de Je t’aime moi non plus. En 1976 le film du même nom et du même auteur sera classé X.

Je suis un petit taureau / Mais moi, en plein soleil / J’entrerai dans la reine / Dans la reine des abeilles.Claude Nougaro. Petit taureau EMI 1967

Quand tes mains voudraient bien / quand tes doigts n’osent pas / quand ta pudeur dit non / d’une toute petite voix. Gilles Thibault Que je t’aime (Suzelle) 1969. Le texte le plus érotique de Johnny Hallyday est signé par l’auteur de Comme d’habitude.

Et sous le voile à peine clos / cette touffe de noir jésus / qui ruisselle dans son berceau / comme un nageur qu’on attend plus. Léo Ferré C’est extra (Semi) 1969, encore. 1969 fut donc bien une année érotique.

Et je précise que c’est bien la nature qui / est seule responsable si / je suis un homme oh! comme ils disent. Charles Aznavour Comme ils disent (Editions musicales Djanik) 1972. Les mots d’Aznavour pour dépeindre la solitude d’un travesti sonnent juste, ils émeuvent. Le public s’identifie, applaudit. Ici, pas d’allusion crue au sexe mais l’homosexualité était et reste un sujet rarement traité, qui n’est plus crime pénal depuis 1982 seulement. Le personnage est réaliste, sensible et celui de Coming out d’Alexis HK lui fait écho en 2005.

L’on a oublié de nos jours la réputation d’audacieux chantre de l’amour physique qui a accompagné les débuts d’Aznavour, qui avait déjà défrayé la chronique en 1965 avec Après l’amour, considérée comme une atteinte aux bonnes moeurs pour des lignes qui de nos jours semblent bien innocentes, telles que : Glisse tes doigts par ma chemise entrouverte / et pose sur ma peau / la paume de ta main. Charles aznavour Après l’amour (Raoul Breton) 1956.

Vous saurez tout sur le zizi / le vrai, le faux, le laid, le beau / le dur, le mou qui a un grand cou.Pierre Perret Le zizi (editions Adèle) 1974. Perret a eu la surprise de voir ce titre écrit pour s’amuser devenir un succès indémodé.

Madame rêve. / d’un amour qui la flingue / d’une fusée qui l’épingle / au ciel. Pierre Grillet Madame rêve 1982 interprétée par Alain Bashung. « La » chanson culte de bashung, aux riches métaphores, est représentative de sa démarche d’abandon de mélodie pour sonner plus « rock ».

Pas de limite au goût de l’after beat / reste allongé je vais te rallumer. Guesh patti » Etienne (EMI) 1987. Etienne, assistant du producteur de Guesh Patti, lui a inspiré un texte « chaud » écrit en 3 heures sur une mélodie de Vincent Bruley.

Muse ou égérie / mes petites fesses / ne cessent de t’inspirer / je fais des ah! Des oh! / jamais ne me lasse. Mylène Gautier Pourvu qu’elles soient douce (Universal/ Leput) 1988. Les textes de la « libertine » Mylène Gauthier alias Mylène Farmer, mêlant sado-masochisme, fétichisme, mort, un zeste de religion, sont à la base de la recette gagnante, généreusement épicée, de celle que l’on a appelé la Madonna française.

Régulièrement, un succès aux textes « explicites » déferle sur les ondes. La plupart du temps, la finesse n’est pas son point fort.

Moi ce que j’aime chez Daniela / c’est que l’on peux s’y mettre a trois / Elmer Food Beat.

Et c’est avec émotion / Que je touche au fruit de la passion / Francky Vincent Vas-y Francky c’est bon.

Angela, je vais te trouer le cul / Pendant que ton papa ne sera pas là, Saian Supa Crew Angela, (écrit en créole).

Nombre de chanteurs de rap multiplient les mots outranciers pour faire parler d’eux. Signe des temps, c’est aujourd’hui sur nos écrans que les hits sur le sexe, avec les images de jolies chanteuses, Rihanna, Beyonce, Jennifer Lopez, et consoeurs, s’affrontent pour la vidéo la plus « hot », celle qui générera le plus grand nombre de vues.

La grande chanson n’a pas dit son dernier mot sur le sujet, inépuisable. Avec poésie, aux frontières de l’interdit, les grands auteurs ont de beaux jours devant eux pour trouver  les nouvelles paroles de nos futures « érections intellectuelles ».

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